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C’est la dose qui fait le poison

En toxicologie, comme en nutrition, il est reconnu que c’est la dose qui fait le poison. Prenons l’alcool, par exemple, consommé en faible quantité, il n’est pas nocif pour la santé, mais passé une certaine concentration sanguine, il provoque le coma et même la mort.

Il en va de même pour les polluants organiques persistants (POP) dont les dioxines, les furannes, les BPC et certains pesticides font partie. Les POP possèdent deux propriétés qui les rendent particulièrement nuisibles à la santé et à l’environnement.

1- Il s’agit de composants très stables, c’est-à-dire qu’ils ne se décomposent pas dans la nature pendant des années, voire des décennies.

2- Les POP s’accumulent dans les tissus vivants (processus de bioaccumulation). Cela signifie qu’ils deviennent de plus en plus concentrés au fur et à mesure de leur évolution dans la chaîne alimentaire (phénomène de bioamplification).

Il est admis aujourd’hui que ces polluants sont dispersés mondialement par transport aérien et se concentrent particulièrement dans les zones nordiques. Ces caractéristiques font en sorte que, dans certaines zones du Nord, 65% des femmes présentent, dans leur sang, des niveaux de BPC jusqu’à 5 fois supérieurs aux limites recommandées par les responsables sanitaires . Ces faits ont amené le Canada à signer, en 2001, la Convention de Stockholm visant l’élimination virtuelle de ces contaminants.

Les gouvernements fédéral et du Québec ont posé des gestes afin de réduire les sources ponctuelles de POP :

• interdiction de produire des pesticides persistants (le DDT, le chlordane, le toxaphène, le mirex, l’aldrine, l’endrine et l’heptachlore);
• restriction d’usages pour les produits chimiques industriels (les BPC, l’hexachlorobenzène);
• établissement de normes de rejets pour les sous-produits et les contaminants (les dioxines et les furannes).

Un récent rapport de la Commission mixte internationale sur les Grands Lacs faisait état de la présence de 95 millions de mètres cubes de sédiments contaminés aux BPC (pour ne citer qu’un seul des contaminants en cause) dans les Grands Lacs . Une étude de Ross et coll.(1995) mentionne également que 55 millions de tonnes de sols seraient souillés par les BPC aux U.S.A., les quantités estimées pour le Canada étant de l’ordre de 5 millions de tonnes.

Les sols ainsi contaminés, qu’ils soient ici ou aux U.S.A., participent tôt ou tard à l’augmentation constatée de ces polluants au plus haut niveau de la chaîne trophique. Pour les dioxines par exemple, les concentrations retrouvées chez l’humain proviennent de l’alimentation à 98% . C’est ce que vient confirmer une étude à paraître de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) dont La Presse a obtenu copie (édition du dimanche 15 septembre p. A1), en nous révélant la présence de dioxines et de furannes à «des taux alarmants» dans les denrées alimentaires (oeufs, volaille, boeuf, porc).

Peu de solutions s’offrent à nous pour éliminer les sources diffuses. Dans sa Politique de protection des sols et de réhabilitation des terrains contaminés, le gouvernement du Québec prône la décontamination des sols de préférence à l’enfouissement . En effet, comme nous l’indique Costner (1996), « les systèmes de confinement sont efficaces durant les dix premières années, ont un effet retardateur après vingt-cinq ans mais sont comparables à des systèmes naturels en milieu ouvert après cent ans.» .

Une seule usine de destruction des POP contenus dans les sols est en fonction au Canada (Récupère Sol à Saint-Ambroise au Québec). La technologie de désorption thermique employée permet la destruction des polluants et leur recombinaison en des entités chimiquement stables et inoffensives. L’usine de Saint-Ambroise respecte en tous points les lois, règlements, normes et critères afférents et s’attaque à la résolution de la problématique de la remontée de la contamination diffuse des POP dans la chaîne alimentaire.

Le Devoir faisait état, dans son édition du vendredi 20 septembre 2002, de la mobilisation contre la construction d’une installation semblable à Kirkland Lake, en Ontario. Cette solution est mal connue et décriée car on prétend que ces communautés deviendront les poubelles de l’Amérique du Nord. Or, il n’en est rien, car l’analyse de ces technologies montre qu’une telle usine n’est pas une source ponctuelle de POP comme l’ont compris la population de Kirkland Lake et la majorité des habitants de Saint-Ambroise. De plus, en contribuant à éliminer les sols contaminés qui sont la source des principales émissions affectant les écosystèmes nordiques, elle permet de protéger ces communautés et celles qui les entourent.

Enfin dans le respect du principe de développement durable, il faudrait peut-être multiplier notre capacité de destruction des POP avant que la dose des polluants aéroportés ne devienne un véritable poison.

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